Les cinq couches de frais d’une assurance vie
Un contrat d’assurance vie prélève à cinq endroits différents, et c’est ce qui rend les comparaisons si confuses. Les frais sur versement sont retenus à l’entrée, une fois, sur chaque somme déposée. Les frais de gestion du fonds en euros sont prélevés chaque année sur la poche garantie, avant publication du rendement. Les frais de gestion des unités de compte sont prélevés chaque année sur la valeur de vos fonds, ETF, SCPI et actions. Les frais d’arbitrage tombent à chaque mouvement d’un support vers un autre. Et les frais des supports eux-mêmes, ceux que la société de gestion d’un fonds prélève à l’intérieur de sa valeur liquidative, sont invisibles sur votre relevé mais bien réels.
S’y ajoutent, selon les contrats, un mandat de gestion pilotée, des frais d’opération sur les ETF et les actions en direct, des pénalités de sortie anticipée sur les SCPI, un droit d’adhésion à l’association souscriptrice, ou le coût d’une garantie plancher. Depuis le 1er juin 2022, un arrêté du 24 février 2022, issu d’un accord de place signé le 2 février, impose à chaque assureur de publier pour chaque contrat un tableau standardisé qui rassemble tout cela : frais annuels d’un côté, frais ponctuels par opération de l’autre. C’est ce document, et non la page marketing, qu’il faut lire.
Le contrat moyen prélève près de 2,5 % par an sur les unités de compte, supports compris
Les cinq couches de frais et leur niveau moyen sur le marché français en 2025, tel que mesuré par France Assureurs. Les contrats en ligne annulent les deux couches ponctuelles.
À retenir : les frais du contrat (0,88 %) ne sont pas la plus grosse couche. Les frais des fonds que vous détenez pèsent près de deux fois plus, et c’est sur eux, en choisissant des ETF plutôt que des fonds actifs, que l’économie est la plus importante.
Source étude France Assureurs sur les frais de l’assurance vie en 2025, publiée le 6 mai 2026 ; fourchettes des frais ponctuels relevées sur les grilles des contrats en septembre 2026.Lecture les 2,48 % additionnent la gestion moyenne des unités de compte et les frais moyens des fonds éligibles pondérés par les encours ; ils ne comptent ni les frais sur versement ni les arbitrages.
« Sans frais » : ce qui existe vraiment
Trois couches peuvent effectivement être nulles, et elles le sont chez tous les courtiers en ligne : 0 % sur les versements, 0 % sur les arbitrages, 0 % sur les rachats. Une « assurance vie sans frais d’entrée » est donc une réalité, et même la norme dès qu’on sort des réseaux bancaires, où les frais sur versement montent encore jusqu’à 3 à 5 % selon les contrats.
Les deux autres couches ne tombent jamais à zéro. Les frais de gestion rémunèrent l’assureur qui porte le contrat et garantit le fonds en euros : une « assurance vie sans frais de gestion » n’existe pas, et le plancher du marché est de 0,30 % par an sur les unités de compte. Les frais des supports rémunèrent la société de gestion de chaque fonds : ils descendent à 0,20 % environ sur un ETF, jamais en dessous.
Les meilleurs contrats en ligne prélèvent 0,30 à 0,60 % par an sur les unités de compte, la moyenne du marché 0,88 %
Frais de gestion annuels des unités de compte sur les contrats en gestion libre que nous suivons, tous à 0 % sur versement et 0 % d’arbitrage, face à la moyenne du marché et à un contrat bancaire type.
À retenir : entre 0,30 et 0,60 %, la différence se joue sur ce que le contrat offre par ailleurs, fonds euros, SCPI, actions en direct, frais d’opération. Au-dessus de 0,75 %, vous payez le réseau de distribution, pas le service.
Source grilles tarifaires officielles des contrats, vérifiées en septembre 2026 ; étude France Assureurs du 6 mai 2026 pour la moyenne.Lecture la longueur des barres est proportionnelle aux frais annuels ; Lucya CNP et Lucya Cardif facturent en plus 0 % et 0,10 % par opération sur les ETF.
Dans cette liste, Linxea Spirit 2 est le contrat que nous recommandons le plus souvent : 0 % sur versement, 0,50 % de gestion, plus de 200 ETF, une trentaine de SCPI avec 100 % des loyers reversés et un fonds euros à 3,08 % en 2025. Lucya CNP fait moins cher encore (0,30 %, ETF sans frais d’opération) pour un portefeuille purement passif, et Lucya Cardif ouvre un millier d’actions en direct au même tarif que Spirit 2. Le détail de chaque contrat est dans notre classement des meilleures assurances vie.
0 % sur versement, 0,50 % de gestion, 200 ETF et un fonds euros à 3,08 % : Linxea Spirit 2 s’ouvre en ligne, sur le site officiel.
Ouvrir un contrat Linxea Spirit 2 →Le rendement affiché d’un fonds en euros est déjà net des frais de gestion du contrat. Quand Lucya Cardif annonce 2,75 % pour 2025, le fonds a rapporté 3,18 % brut et l’assureur a retenu 0,70 %. Comparer les rendements des fonds euros revient donc à comparer des taux nets de frais, ce que fait notre classement des meilleurs fonds euros.
Ce que 0,40 point de frais coûte sur vingt ans
Un écart de 0,40 point par an a l’air anodin. Il ne l’est pas, parce qu’il se prélève chaque année sur un capital qui grossit, et que les frais prélevés ne travaillent plus. Prenons 100 000 € placés en unités de compte pendant vingt ans, avec un rendement brut de 5 % par an, identique dans tous les cas pour n’isoler que l’effet des frais.
Entre un contrat à 0,50 % et le contrat moyen, l’écart atteint 17 700 € sur 100 000 € en vingt ans
Capital obtenu au bout de vingt ans pour 100 000 € investis en unités de compte à 5 % brut, selon le niveau de frais du contrat. Sans aucun frais, le capital atteindrait 265 330 €.
Frais cumulés sur vingt ans, capital manquant par rapport à un placement sans frais
À retenir : les 3 % prélevés à l’entrée par un contrat bancaire pèsent moins que son point de gestion annuel : 3 000 € une fois, contre 0,50 point de plus chaque année sur un capital qui double. Ce sont les frais récurrents qu’il faut surveiller en premier.
Source calcul VosFinancesPerso, capitalisation annuelle, frais de gestion prélevés sur l’encours, frais sur versement retenus à l’entrée ; frais des supports non comptés, identiques dans tous les cas.Lecture les montants dépendent du rendement retenu ; à 3 % brut, les écarts sont plus faibles en euros mais identiques en proportion du capital.
Les frais des supports : la couche invisible
Cette couche n’apparaît sur aucun relevé : elle est prélevée à l’intérieur de la valeur liquidative de chaque fonds, avant que vous ne la voyiez. France Assureurs la mesure à 1,60 % par an en moyenne sur les 14 000 fonds référencés dans les contrats en 2025, avec un grand écart selon la nature du support : 0,33 % pour les ETF, 1,01 % pour les fonds obligataires, 1,72 % pour les fonds actions, 1,80 % pour l’immobilier et 2,01 % pour le private equity.
Le tableau de frais contractuel dit aussi où va cet argent. Celui de Lucya Cardif, daté de juillet 2025, indique que les fonds actions du contrat coûtent 1,87 % en moyenne, dont 0,89 % de rétrocessions reversées au distributeur et à l’assureur. Sur les fonds obligataires, 1,12 % dont 0,49 % rétrocédés. Autrement dit, près de la moitié des frais d’un fonds actif finance le contrat lui-même : c’est ainsi qu’un courtier « à 0,50 % » gagne sa vie, et c’est pourquoi un ETF, qui ne rétrocède rien, est vendu à 0,20 ou 0,33 %.
Sur un fonds actions à 1,87 %, près de la moitié des frais revient au contrat qui vous le vend
Décomposition des frais annuels moyens des fonds actions référencés chez Lucya Cardif, d’après le tableau de frais contractuel de juillet 2025, face à un ETF.
Où vont les 1,87 % d’un fonds actions
À retenir : remplacer un fonds actions moyen par un ETF sur le même indice divise les frais de la couche support par cinq. Sur 100 000 €, c’est environ 1 500 € par an, avant même de comparer les frais du contrat.
Source tableau des frais contractuel de Lucya Cardif (juillet 2025) pour les rétrocessions ; étude France Assureurs du 6 mai 2026 pour les frais moyens des ETF.Lecture la barre représente les 1,87 % de frais d’un fonds actions moyen ; les proportions sont celles publiées par l’assureur pour son propre catalogue.
C’est aussi ce qui rend la lecture du tableau standardisé si précieuse. Sa première partie donne les frais annuels du contrat et les frais moyens des supports par catégorie, avec la part rétrocédée ; sa seconde partie liste les frais ponctuels, versement, arbitrage, rachat, opérations sur ETF et titres vifs. Cherchez le lien « tableau des frais » ou « les frais de l’assurance vie » sur la page tarifs du distributeur : c’est en général un PDF de deux pages, et il fait foi.
Gestion pilotée : le vrai prix du mandat
Déléguer la gestion ajoute une couche : le mandat. France Assureurs mesure l’écart sur le marché : 0,82 % de frais de gestion en gestion libre, 1,17 % en gestion sous mandat, avant les frais des supports. Sur les contrats que nous suivons, le mandat va de 0,20 point par an chez Linxea à un point entier chez Goodvest, et le coût total tout compris s’étale de 0,67 % à 2,20 %.
D’un mandat à l’autre, le coût total varie du simple au triple
Frais annuels tout compris des gestions pilotées que nous suivons, contrat, mandat et supports inclus, relevés sur les grilles officielles en septembre 2026.
À retenir : un mandat à 0,20 ou 0,25 point est une allocation standard rééquilibrée pour vous ; un mandat à un point ou plus achète une méthode, un reporting ou une conviction. Payez le second seulement si vous utilisez ce qu’il apporte.
Source grilles tarifaires officielles des contrats, vérifiées en septembre 2026 ; données de notre comparateur.Lecture les frais tout compris additionnent la gestion du contrat, le mandat et les frais moyens des supports du portefeuille ; Mon Petit Placement ajoute une commission de 5 à 25 % sur les plus-values.
Les fiches de Yomoni, Nalo, Goodvest et Mon Petit Placement détaillent ce que chaque mandat contient. Pour ce que coûte réellement une conviction responsable, notre guide de l’assurance vie responsable fait le calcul.
Simulateur : combien vos frais vous coûtent
Entrez les frais de votre contrat actuel, votre épargne et votre horizon. Le simulateur calcule le capital que vous obtiendriez avec votre contrat, avec un contrat en ligne en gestion libre à 0,50 % et avec une gestion pilotée à 1,60 %, et vous montre ce que chaque option laisse en frais.
Hypothèses : épargne investie en unités de compte, versements mensuels agrégés en fin d’année, même rendement brut dans tous les cas pour isoler l’effet des frais, frais des supports non comptés (choisissez des ETF et ils seront identiques partout).
Votre contrat
En ligne, gestion libre 0,50 %
En ligne, pilotée 1,60 %
…
Deux lectures s’imposent. La première : sur un contrat bancaire type, le point de gestion annuel coûte bien plus que les frais d’entrée, et c’est lui qu’il faut fuir. La seconde : entre gestion libre et gestion pilotée en ligne, l’écart de capital final se compte en dizaines de milliers d’euros sur vingt ans. Le mandat ne se justifie que si vous ne gérerez vraiment pas vous-même, et il vaut alors mieux choisir l’un des moins chers.
Comment réduire vos frais sans tout casser
Ne clôturez pas votre vieux contrat. L’assurance vie ne se transfère pas d’un assureur à l’autre, et le fermer fait perdre son antériorité fiscale, le compteur des huit ans que détaille notre guide de la fiscalité de l’assurance vie. Le geste efficace consiste à arrêter d’y verser et à ouvrir un second contrat en ligne, à 0 % sur versement et 0,50 % de gestion, pour tous les versements futurs. Le vieux contrat garde son antériorité, le nouveau lance la sienne.
Passez vos unités de compte en ETF. C’est la couche la plus lourde et la plus facile à alléger : un ETF monde à 0,20 ou 0,33 % remplace un fonds actions à 1,72 % sur la même exposition. Notre comparatif des assurances vie en ETF classe les contrats sur ce critère.
Négociez les frais sur versement, si vous restez en banque. Ils sont fixés à un maximum contractuel et se négocient d’autant plus facilement que le montant est important. Les frais de gestion, eux, sont les mêmes pour tous les adhérents et ne se négocient pas.
Refusez les options qui coûtent. Garantie plancher, arbitrages automatiques payants, mandat sur une poche que vous savez gérer : chaque option se paie chaque année. Vérifiez sur le tableau standardisé ce qui est inclus et ce qui s’ajoute.
Relisez le tableau de frais une fois par an. Un contrat collectif peut voir ses conditions évoluer avec l’accord de l’association souscriptrice. Le PDF publié sur la page tarifs du distributeur porte une date de mise à jour : c’est elle qu’il faut surveiller. La même discipline s’applique aux quatre contrats de notre guide de l’assurance vie Linxea, dont les grilles servent souvent de référence au marché.
Les questions fréquentes
Existe-t-il une assurance vie sans frais de gestion ?
Non. Les frais de gestion rémunèrent l’assureur qui porte le contrat et garantit le fonds en euros : aucun contrat ne les supprime. Le plancher du marché est de 0,30 % par an sur les unités de compte chez Lucya CNP, puis 0,50 % chez Linxea Spirit 2 et Lucya Cardif, pour une moyenne de marché de 0,88 % en 2025. Ce qui peut être gratuit, ce sont les frais sur versement, d’arbitrage et de rachat, à 0 % sur tous les contrats en ligne.
Quelle assurance vie a les frais les plus bas en 2026 ?
Pour un portefeuille en ETF, Lucya CNP : 0,30 % de frais de gestion et zéro frais d’opération sur les ETF. Juste derrière, Linxea Spirit 2 et Lucya Cardif à 0,50 %, tous deux sans frais sur versement ni d’arbitrage. En gestion pilotée, les mandats les moins chers sont ceux de Lucya (+0,25 %) et de Linxea (+0,20 %), pour un coût total de 0,67 à 1,02 % par an.
Qu’est-ce qu’une assurance vie sans frais d’entrée ?
C’est un contrat qui ne prélève rien sur vos versements : 100 € versés font 100 € investis. C’est la norme chez tous les courtiers en ligne. Dans les réseaux bancaires, les frais sur versement peuvent atteindre 3 à 5 % : sur 20 000 € versés, jusqu’à 1 000 € disparaissent avant même d’être placés. Ces frais sont en général négociables, mais le plus simple reste de ne pas les payer.
Les frais du fonds euros sont-ils déjà déduits du rendement affiché ?
Oui. Le taux communiqué chaque année, par exemple 2,75 % ou 3,08 % pour 2025, est net des frais de gestion du contrat, mais brut des prélèvements sociaux de 17,2 %. Chez Lucya Cardif, le Fonds général a rapporté 3,18 % brut en 2025 et 2,75 % une fois les 0,70 % de frais déduits. Les frais du fonds euros ne s’ajoutent donc pas au taux affiché.
Que sont les rétrocessions ?
La part des frais d’un fonds que sa société de gestion reverse au distributeur et à l’assureur. Le tableau de frais contractuel de Lucya Cardif l’affiche : sur les fonds actions, 1,87 % de frais en moyenne, dont 0,89 % rétrocédés. C’est ce qui permet à un contrat de facturer 0,50 % de gestion tout en gagnant sa vie. Les ETF ne rétrocèdent rien, d’où leur coût de 0,20 à 0,33 %.
Peut-on négocier les frais de son assurance vie ?
Les frais sur versement, oui, surtout dans une banque et pour un montant important : ils sont fixés à un maximum et le conseiller peut les réduire. Les frais de gestion, non : ils sont inscrits au contrat pour tous les adhérents. La négociation la plus efficace consiste à ne plus verser sur le contrat cher et à diriger les nouveaux versements vers un contrat en ligne à 0 % sur versement et 0,50 % de gestion.
Peut-on transférer son assurance vie vers un contrat moins cher ?
Pas d’un assureur à l’autre : contrairement au PER, l’assurance vie ne se transfère pas, et clôturer un vieux contrat fait perdre son antériorité fiscale. Depuis la loi Pacte, un transfert est possible vers un autre contrat du même assureur, en conservant l’antériorité, mais l’assureur n’y est pas tenu. Le geste habituel est d’ouvrir un second contrat en ligne et d’y placer les versements futurs, en gardant l’ancien pour ses huit ans.
La gestion pilotée vaut-elle ses frais ?
Elle coûte entre 0,20 et 1 point de plus par an que la gestion libre, soit de 0,67 % à 2,20 % tout compris selon les contrats. Sur 100 000 € pendant vingt ans à 5 % brut, passer de 0,50 % à 1,60 % de frais coûte environ 48 000 € de capital final. Le mandat se justifie si vous ne voulez vraiment pas gérer, à condition de choisir l’un des moins chers ; sinon, un ETF monde en gestion libre fait le même travail pour une fraction du prix.